AA VIE LIBRE section Cergy-Pontoise
Notre Force, c'est notre amitié !
VIE LIBRE
COMMISSION FEMMES
DU RHONE
LA VIE AU QUOTIDIEN
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29 janvier 2005
Après les soins, une nouvelle vie commence, sans l’alcool. Je sais, on m’a répété durant les soins que je dois observer une abstinence totale et définitive.
Dur, dur, de se dire, j’ai … ; ans, et je ne retoucherai plus du tout à l’alcool sous quelque forme qu’il soit. Si je bois un verre celui-ci en appellera un autre, puis un autre.
Comment résister à cette compagne qui durant des années a été présente dans les moments de joie , de peine. Elle ne nous contrariait jamais. Parfois . on est attiré comme par un aimant vers cette maudite bouteille, par ce poison.. Le besoin est le plus fort, le verre ne peut rester vide, car il remplit un vide en soi
A chaque détour du chemin, il y a un bar, où je m’arrêtais plusieurs fois par jour, une épicerie où je me suis servi durant tant d’années.
On se sent coupable de la souffrance infligée à son entourage, mari ou femme, enfants, parents durant son alcoolisation car l’alcool brise tout sur son passage tel un cyclone il dévaste, famille, emploi, etc…
L’homme oublie qu’il a une femme, des enfants qui l’attendent à la maison pour le repas familial. Parfois en vue d’éviter les cris du mari alcoolisé, les enfants seront couchés avant le retour du père. Tous appréhendent ce retour chaque soir. Dans ce contexte, plus d’échanges, plus de discussions, plus de vie familiale. Le père est absent du foyer, il vit en marge de sa famille
Après, il devra reprendre sa place, mais cela sera difficile car le doute subsiste toujours dans l’esprit du conjoint qui a peur sans cesse d’un faux pas et qu’on replonge.
Au moindre retard, au moindre ton un peu plus élevé que de coutume, le doute s’installe.
Il y a toujours cette question « Combien de temps cela va t’il durer ? » mais elle est due à la trop grande souffrance subie depuis des années.
On entraîne la famille dans des situations impossibles telles qu’expulsion, plus d’argent et des dettes sur plusieurs années. De ce fait, le conjoint envisage parfois la séparation.
C’était un verre puis deux et ainsi de suite pour oublier les problèmes, les difficultés de tous les jours .Mais les problèmes étaient toujours là, même pire, la situation empirait., mais on n’en avait pas conscience. on n’ouvrait plus le courrier.
A la sortie de soins, les problèmes sont toujours là mais ils sont vus d’un autre œil. On va pouvoir les examiner un à un et trouver des solutions avec les personnes compétentes (assistantes sociales, huissiers, administrations). Tous les problèmes ont une solution plus ou moins facile.
On va communiquer ce qu’on ne faisait plus depuis longtemps et aussi écouter les conseils
La femme devra t’elle subir les assauts amoureux de son mari, un homme repoussant à l’haleine chargée, qui la considère comme un objet, sa « chose »
Peut-être sera t’il violent, verbalement ou physiquement avec la famille, l’entourage ?
Parfois on se trouve face à des violences verbales qui font mal, des violences physiques (coups) des violences destructives (bris de vaisselle, de meubles) au plus fort de la crise.
Après, on devra réapprendre à se connaître, à s’aimer. Ce n’est pas forcement de relations sexuelles dont on aura besoin mais de contacts, de caresses, d’être pris dans les bras, de petites attentions. On a besoin d’exister en tant que femme
On a laissé une place vacante de père ou de mère durant des années. Après les soins, on vous ne la redonne pas toujours cette place, par manque de confiance.
Nous avons perdu des années de notre vie où on a pas vu grandir nos enfants, nos petits enfants. On va essayer de les écouter maintenant, de vivre avec eux des moments importants de notre vie. On n’a pas profité de ses enfants mais on va se rattraper avec les petits enfants, comme si cela était possible de compenser ce qu’on n’a pas assumé
La femme utilise l’alcool comme un médicament, avec ce qu’elle induit en elle de culpabilisant, d’interdit, de secret, de méprisant. L’alcool sera donc apaisant, calmant, rassurant. Elle sera soignée pour dépression et ingurgitera ces Valium, Tranxène, Lexomil et autres avec l’alcool, ce qui la mettra sans un état de « zombie » déambulant dans la maison.
Au fil des années d’alcoolisation , l’image de la femme se dégrade, elle ne se maquille plus, ne s’habille plus, traîne dans la maison. Son visage est marqué, elle donne l’impression d’avoir vieillie subitement. Elle ne se regarde plus dans la glace car l’image qu’elle lui renvoie lui fait peur.
Souvent le regard des enfants servira de déclic pour une demande de soins.
Après, ils retrouveront une mère, une vraie maman comme celle de leurs copains, attentive à leurs problèmes, à leur besoin d’affection. Elle ne sera plus couchée mais debout. Ils n’auront plus honte d’elle. De même, quand il s’agit du père. Ils pourront inviter leurs copains
En sortant de soins, il faut avoir des projets pour occuper le temps que l’on passait à boire. Ce temps, comptabilisé sur une journée est important (aller acheter des bouteilles, les cacher, boire, planquer les cadavres). Il faudra l’employer à autre chose
On est plus seul face à sa bouteille, on retrouve une vie de famille, d’autres amis, l’association.
Soigné, on peut communiquer, se situer dans le temps, parler de soi, ce qui n’était plus possible dans l’alcool
Le mal être dont on souffrait a disparu avec les soins
On ne somnole plus, on retrouve la mémoire en partie, on participe aux discussions, on donne son avis car maintenant on vous le demande. On s’intéresse à la vie et aux autres
On devra apprendre à cuisiner d’une autre façon, finis les plats en sauce, marinés, les choucroutes, les civets. Qu’importe, on retrouve l’appétit et on apprécie car le goût des choses a réapparu. On avait oublié la saveur des plats mijotés. L’alcool n’est pas une obligation dans les recettes. On le remplacera par les bouillons Kub ; les fonds de veau, de volaille, de poisson
Plus de fête de famille, plus d’anniversaire car cela se terminait toujours mal, on nous invitait plus, que de privation pour les enfants, la femme qui devait mentir.
Maintenant, tout cela est oublié, on participe, on s’amuse, on fait la fête sans alcool ? C’est parfois les autres qui se culpabilisent et s’interrogent sur leur consommation
Il faut reprendre confiance en soi, d’autres y sont arrivés pourquoi pas moi ?
Je ne suis plus coupable, j’ai retrouvé une place dans la société.
Attention aux boissons dites sans alcool comme les bières, le Pacific qui rappellera le goût du pastis
Notre santé en prend un coup durant ces années d’alcoolisation A cause de l’alcool, cette drogue, ce maudit poison, nous abrégeons notre vie, notre organisme en ressent les conséquences des années plus tard bien que soigné dont certaines sont irréversibles.(cancers)
Les douleurs, rhumatismes par exemple réapparaissent, car avec l’alcool, on ne sentait rien
En venant à l’association, on apportera son témoignage comme d’autres l’ont apporté avant nous pour aider les copains à s’en sortir. On est fier de s’en être sorti mais on sait qu’il faut être vigilant. Au moindre faux pas, il faut en parler car les copains sont là pour m’aider à reprendre contact avec le médecin ou le psychologue, et ne pas rechuter. Un incident de parcours peut se régler en moins de 15 jours si je fais la démarche.
On parlera du problème alcool, ce ne sera plus un sujet tabou car l’alcoolisme est une maladie dont on guérit si l’on a décidé de s’en sortir et égoîstement de se soigner pour soi
Durant des années de notre vie, on aura eu des galères , des souffrances peut être cachées, mais il ne faut pas les ressasser tout le temps ; On ne peut les oublier, on les évoque de temps en temps. mais Il faut tourner la page
Georgette CARNEVALE