Les 7 Piliers du docteur P. Guibé

 

 1- PILIER SOCIAL

 

    J'aborde intentionnellement ce chapitre en premier car la prise en compte et la résolution des

 problèmes sociaux conditionnent le succès du traitement.

 

 Le travail :

 

     Le patient a‑t‑il un travail ? Et, dans ce cas, y a‑t‑il des difficultés à ce niveau ? L'équipe doit se

 mettre en relation, le cas échéant, avec l'assistante sociale, le médecin du travail ou une association

 d'anciens dépendants travaillant au sein de l'entreprise. Le maintien de l'activité professionnelle 

 est fondamental, particulièrement de nos jours, en cas de menace de licenciement, il est parfois

 possible de négocier avec l'employeur une période d'essai pendant laquelle on va "donner une

 dernière chance" à l'employé. Quand il n'a pas d'emploi, il faut vérifier l’inscription à l'ANPEla

 perception d'allocations, déculpabiliser le patient chômeur et valoriser la "reconquête" d'un emploi.

 

 Les finances :

 

    Beaucoup de nos patients présentent des situations financières très dégradées avec des dettes

 importantes. Les organismes de crédit et les promoteurs incitent des gens peu informés à

 souscrire des emprunts bien au-delà de leurs capacités de remboursement. Il est essentiel

 d'envisager des plans de redressementceci en relation avec les services sociaux, car une

 psychothérapie et un traitement médical sont complètement illusoires chez une personne écrasée

 de dettes.

 

 La justice :

 

     Certains patients nous sont adressés en raison de conduite délictueuse (alcoolémie positive et/ou

 de drogue au volant, acte médico-légaux), il est parfois nécessaire de les assister dans ce domaine.

 Nombreuses aussi sont les procédures de divorce où il est important d'essayer de limiter les

 conflits et d'encourager les solutions simplifiées type consentement mutuel.

           

 2- PILIER PSYCHOLOGIQUE

 

   La prise en charge psychologique de la pathologie addictive est bien évidemment essentielle. Elle 

 va du soutien léger du patient et souvent de son conjoint à la psychothérapie proprement dite

 pratiquée par un psychologue ou un psychiatre dans le but d'amener à une prise de conscience des

 mécanismes de la dépendance et de lutter contre celle-ci. Cette thérapeutique amenant souvent une

 certaine frustration, il est important que d'autres membres de l'équipe ou un mouvement d'anciens

 malades dépendants jouent un rôle rassurant par rapport au patient.

 

 3- PILIER FAMILIAL

 

          La famille et particulièrement le conjoint souffre également à cause de l’addiction. Le patient

 dépendant est souvent amené à renoncer en partie à son rôle au sein du groupe, il va donc falloir

 redéfinir de nouvelles relations et de nouveaux rôles pour chacun. Il est néanmoins un principe

 essentiel : à l’exception d’un premier entretien où on ne connaît pas la personne, on

 ne doit en aucun cas recevoir les membres de la famille ou de l'entourage en l'absence du

 patient afin d'éviter les "non-dits" toujours préjudiciables à la relation de confiance, il est

 toujours possible d'orienter un conjoint ou un enfant qui souffre vers un soignant extérieur.

 

 4- PILIER CORPOREL

 

    Le malade  dépendant fait  souffrir son corps, il l’oublie,  parfois  le  rejette  ;  un  travail  de

 «restauration narcissique » va permettre une nouvelle harmonie. L'action se développe dans trois

 directions : I esthétiquele sport (si possible celui que le patient pratiquait précédemment) et la

 sexualité très souvent perturbée lorsqu'il existe un problème d'addiction avec perte d'intérêt,

 absence de contraception, absence de surveillance etc... Il s'agit là d'une dimension importante de

 la vie relationnelle qui doit être abordée avec un maximum de tact.

 

 5- PILIER ASSOCIATIF

 

 L'apprentissage d'une nouvelle vie sociale est favorisé par la participation à des activités de groupe 

 

 ‑ groupe de parole au sein d'une structure de soins en présence de soignants.

 ‑ groupe d'activité (groupe piscine par exemple).

 ‑ groupe de psychothérapie. Il est indispensable qu’il soit animé par un thérapeute bien formé.

 ‑ mouvement  d'anciens malades dépendants, ils sont très nombreux, il est souhaitable qu'ils

 restent indépendants des équipes soignantes. Les patients feront leurs choix en fonction de leurs 

 affinités et leurs options philosophiques. Le caractère amical, la prise de responsabilité au sein de

 ces associations, l'entraide et la solidarité sont autant de facteurs favorables. L'adhésion à ce type

 d'activité permet également au patient de garder en mémoire, pendant longtemps, qu'il a un

 problème avec l'addiction sans prolonger au-delà du nécessaire des consultations qui perpétuent

 l'idée de maladie.

       Les anciens malades dépendants sont les alliés naturels et souvent indispensables des

 soignants

 

 6- PILIER CULTUREL

 

     La culture est la connaissance du monde qui nous entoure et un moyen de se l’approprier pour

 y vivre mieux. Il ne s’agit pas d’une approche élitiste de l’addiction, mais de donner à chacun les

 moyens de se valoriser et de choisir ses objectifs.

 

    Les outils sont les ateliers thérapeutiques (écriture, musique, arts plastiques) mais aussi leur

  prolongement associatif  (bibliothèque, club de théâtre, ciné-club, journal, etc...)

 Maîtriser un moyen de communication sur un plan culturel ou artistique est souvent le meilleur

 moyen pour savoir ensuite l’utiliser dans sa vie.

 

 7- PILIER MEDICAL

 

     Le traitement médical va souvent rythmer l'accompagnement, il comprend deux dimensions

 complémentaires :

 

 ‑ le diagnostic : type de consommation, gravité, existence de complications.

 ‑ le traitement : sevrage, maintien de l'abstinence, traitement des complications, traitement

 psychotrope. Il a un rôle charnière, mais n'a de sens que quand tous les autres éléments sont en

 place.

 

 

 

 

 

 




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