AA VIE LIBRE section Cergy-Pontoise
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VIE LIBRE
Groupe FEMMES du RHONE
COMMISSION FEMMES
Du RHONE
31 Mars 2001
LA CULPABILITE
LES REGRETS
LES DOUTES
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LA CULPABILITE
On se sent coupable de la souffrance infligée à son entourage, femme, enfants, parents durant son alcoolisation
L’alcool brise tout sur son passage tel un cyclone il dévaste, famille, emploi, etc…
On entraîne la famille dans des situations impossibles telles qu’expulsion, plus d’argent et des dettes sur plusieurs années. De ce fait, le conjoint envisage parfois la séparation.
C’était un verre puis deux et ainsi de suite pour oublier les problèmes, les difficultés de tous les jours . Mais les problèmes étaient toujours là, même pire, la situation empirait., mais je n’en avais pas conscience.
On a laissé une place vacante de père ou de mère durant des années. Après les soins, on vous ne la redonne pas toujours cette place, par manque de confiance.
Nous avons perdu des années de notre vie où on a pas vu grandir nos enfants, nos petits enfants.
Pour compenser ce manque, on en passe beaucoup trop à nos enfants pour récupérer le temps perdu, et ce n’est pas toujours bon
La femme se culpabilise de la violence de son mari car elle est sous son emprise.
L’homme alcoolique a des tendances impulsives qu’il ne contrôle pas, malheureusement la femme ne pourra les oublier. Son impulsivité, son agressivité l’ont conduit à porter des coups ou dire des mots dépassant la pensée . Combien de femmes verra t’on avec des lunettes noires afin de cacher leurs yeux tuméfiés.
Les enfants ont honte de leur identité, être le fils ou la fille de Mr ou Mme Untel, l’alcoolo.
Au travail, ma carrière s’est arrêtée, pas d’augmentation individuelle, pas de responsabilité durant mes années d’alcoolisation. Après j’ai du faire mes preuves avant de pouvoir reconquérir une place intéressante. Mon avenir professionnel avait été fortement compromis, j’aurais pu avoir d’autres ambitions du fait de mon expérience.
Je suis devenue alcoolique en vivant avec un alcoolique, je buvais par entrainement et aussi par peur des coups, de la violence et la peur. L’alcool me donnait l’impression de tenir le coup mais la dépendance s’était installée.
A la maison, on ne m’adresse pas la parole de peur que je m’emporte. On en peut pas compter sur moi pour quoi que ce soit, alors on se passe de moi, de mon avis. C’est comme si je n’existais plus.
Au travail, c’était la même incompréhension avec mes collègues et la hiérarchie.
Je m’enfonçais dans ma solitude avec mon verre, ma bouteille. Plus de famille, plus d’amis et peut-être bientôt plus de travail., plus d’argent pour boire…
L’alcoolisme féminin n’a pas le caractère social et amical de celui des hommes. L’ivresse au féminin est marquée par la solitude, la honte et le rejet de la société. Suite à la défonce, il n’y a pas de lendemain qui chante.
La femme éprouve un sentiment de culpabilité lié au secret qui la rend dépressive. Elle tente d’oublier au fond d’un verre d’alcool, ce mal-être, cette sensation d’échec. Peut-être qu’elle n’est pas consciente de ses angoisses, elle ne peut pas en parler. Mais le regard de la société face à cette femme qui n’en est plus une, en dit long.
Elle a des instants de lucidité qui lui font prendre conscience de l’étendue de son mal.. Elle ne peut avouer sa maladie à son entourage. Il est beaucoup plus facile de dire qu’on déprime. La consommation se fait sans plaisir réel en se culpabilisant. Si elle s’alcoolisait du temps de sa grossesse, elle s’interroge sur certains troubles du comportement de son enfant, des retards de langage, elle se culpabilise en pensant qu’elle aurait pu avoir un enfant anormal au facies marqué à cause de l’alcool, ou bien de petite taille, Il faut savoir que l’enfant dans le ventre de sa mère, absorbe autant d’alcool qu’elle Malheureusement, on ne pense pas aux conséquences durant la grossesse, car les femmes ne modifient pas leur consommation durant cette période, même si elles boivent peu..
Rmiste, on n’a plus de responsabilité, de dignité. On est seul dans l’incompréhension, on se sent inutile, incertain. On n’a plus confiance en soi, l’angoisse est une obsession
Je me culpabilise et souffre moralement, c’est une fuite en moi-même.. l’alcool. Je m’étais exclu de la société.
On souffre et on fait souffrir les autres donc on se culpabilise.
On regrette ce qui s’est passé durant ces années de galère où on a tout détruit. Cela nous a conduit à la séparation , au divorce. On ne se rend pas toujours compte de l’importance des dégâts. Seul, sans but précis, on a continuer à s’enfoncer dans l’alcool.
Après les soins, on n’a pas toujours très bien compris la maladie alcoolique et ce qu’était l’abstinence. On teste un premier verre qui sera suivi d’un autre ; oui c’est l’escalade vers la rechute. Pourtant on sait qu’il ne faut pas y retoucher , on est attiré comme par un aimant vers cette maudite bouteille.. Le besoin est le plus fort, le verre ne peut rester vide.
On m’avait parlé des mouvements d’anciens malades alcooliques tels que VIE LIBRE, mais je me croyais fort, que j’allais m’en sortir tout seul . Que d’années j’ai perdu à cause de cette idée, j’ y arriverai tout seul, sans aide extérieure
Notre santé en prend un coup durant ces années d’alcoolisation mais on en ressent les effets des années plus tard bien que soigné .
A cause de l’alcool, cette drogue, ce maudit poison, j’ai abrégé ma vie, mon organisme en ressent les conséquences dont certaines sont irréversibles.
Parfois l’alcool a conduit à la prison, cette antichambre du non-être. Quelles souffrances pour la famille.
A cause de moi, mes enfants n’ont eu ni enfance, ni adolescence, ni copain. C’était trop triste à la maison, ils ne savaient pas comment ils allaient me trouver en rentrant à la maison.
Ils ne pourront oublier les images, les odeurs, les souvenirs de cette déchéance.
Ils ont du faire face à des parents qui n’étaient plus eux-mêmes., un père buvant, une mère qui craque.
Parfois, ils ne savent même plus qu’ils ont des enfants.
Ces enfants n’ont plus de repères.
Je ne m’intéressais plus à eux, j’étais égoïste.
Plus de fête de famille, plus d’anniversaire car cela se terminait toujours mal, on nous invitait plus, que de privation pour les enfants, la femme qui devait mentir.
Oui je m’arrête demain oui toujours demain. Ce demain a été reporté tant de fois jusqu’à ce que je tombe très malade et que je prenne conscience que j’étais malade alcoolique je regrette de ne pas avoir accepté la main tendue pour m’aider à sortir de cette galère.
Dans des soirées embrumées, j’ai dit n’importe quoi, des choses qui ont porté préjudice à des collègues et à moi aussi. Je ne m’en souvenais pas quand on en parlait. Cela a eu de graves conséquences.
Durant des années, j’ai dilapidé l’argent du foyer pour ce maudit produit. Toutes ces sommes m’auraient permis d’acquérir une villa et son terrain au lieu de végéter dans un HLM
J’ai fait mener une vie invivable à ma famille, avec les disputes, les bagarres, l’argent qui filait, les dettes qui s’accumulaient. Une ambiance déplorable régnait à la maison à cause de moi.
J’ai perdu mon permis à cause de l’alcool, à la suite d’un malheureux accrochage, sans trop de dégât, ni mort. L’alcootest s’est révélé positif. Je vais devoir le récupérer après les soins, mais cela sera difficile
Plus personne a confiance ne nous
Même soigné, il est difficile de reconquérir la confiance de l’autre, car tout a été brisé. On a repris espoir tant de fois, mais cela n’a pas duré. On a toujours peur de la rechute.
Le doute subsiste toujours dans l’esprit du conjoint qui a peur sans cesse qu’on replonge.
Au moindre retard, au moindre ton un peu plus élevé que de coutume, le doute s’installe.
Il y a toujours cette question « Combien de temps cela va t’il durer ? » elle est due à la trop grande souffrance subie depuis des années.
Parfois après avoir été soigné, on se demande si on ne pourrait pas reboire une petite goutte ou une bière dite sans alcool. On est tenté de faire l’expérience.
Il faut reprendre confiance en soi, d’autres y sont arrivés pourquoi pas moi ?
Je ne suis plus coupable, j’ai retrouvé une place dans la société.
Même après des années d’abstinence, la rechute peut arriver.
Mais sait-on pourquoi on s’est mis à boire. C’est le refuge à la portée de tous car on est incapable de gérer la situation.
Il faut oser en parler afin de se libérer du poids de ces années de galère sous des formes différentes.
La dépendance est à la fois une douleur physique et morale. La douleur morale ne peut s’apaiser qu’à grande dose d’amitié, de soutien et d’écoute. La douleur physique sera soignée par le médical.
Grâce au soutien des autres, on peut s’en sortir.
Avec le militantisme, il faut passer d’un sentiment de culpabilité à la responsabilité.
Grâce au Mouvement, on peut parler librement de sa maladie et ne plus se sentir coupable, un grand pas est franchi.
Pour s’en sortir, il faut avoir des objectifs, un but à atteindre.
Avec des activités sportives, culturelles, associatives, on gère ses problèmes d’une façon différente car tout problème à une solution.
On est bien dans sa peau, bien dans sa tête.
L’amitié, la compréhension, la main tendue, la confiance retrouvée permettent de s’en sortir.
Un grand merci à ceux qui nous aident à sortir de cette dépendance et qui nous accompagnent sur le chemin de la guérison.
Guérir de l’alcool est un choix personnel du malade. On peut les aider pour une abstinence totale et définitive qui sera heureuse, une liberté de vivre
Georgette CARNEVALE