Alcool : Mythe ou réalité?

VIE LIBRE

COMMISSION FEMMES

Département du Rhône

24/11/2001

 

SENSIBILITE DE LA FEMME

VIS A VIS DE L’ALCOOL

 

HYPOCRISIE DE L’ALCOOL

 

 

Alcool, mythe ou réalité ?

 

Alcool, produit à utilisation occasionnelle puis régulière, répétitive qui conduit à l’état de dépendance.

La personne organise sa vie autour du produit « alcool ».

Le produit vise à modifier l’état de conscience, en vue de produire un plaisir ou d’atténuer un malaise interne.

La personne, en état de souffrance, découvre la propriété apaisante, anesthésiante ou masquante de l’alcool. On se trouve en présence d’un produit à la fois élixir et poison.

 

L’alcool, un remède, non un poison.

Durant quelques heures, l’alcool balaie les soucis, fait fondre les peurs, diminue les tensions, chasse la solitude, résout les problèmes, pensons-nous.

L’alcool pris à faible dose a un effet positif « phase de l’alcool ami »

Pris à fortes doses, il a des effets négatifs  « phase de l’alcool ennemi ».

 

Il arrive un moment  où la consommation d’alcool ne procure plus du plaisir, elle permet seulement de ne pas se sentir trop mal. Il faut arrêter si non ce sera la mort sous peu.

En France, 1er producteur de vin, nous avons reçu en héritage une culture centrée sur les boissons fermentées de la vigne, richesse matérielle et socioculturelle. Cet héritage est détourné à d’autres fins que festives.

Dans notre société, le boire constitue un rituel essentiel pour nous réunir et nous sentir intégrer à un groupe, une communauté.

 

On se souvient que l’alcool est antiseptique, il tue les microbes. Il brûle et pique quand on l’applique sur une plaie, il est corrosif. Globalement il est toxique pour le foie, le pancréas, le cerveau.  L’alcool est une drogue légale certes, mais une drogue dure, qui rend le sujet dépendant.

 

C’est un liant social que chaque individu se verra offrir, dans son passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte, à l’intérieur ou à l’extérieur de la cellule familiale.

On dira à un jeune garçon « tiens bois tu seras un homme », mais rarement à une fille.

Elle finira les fonds de verre en cachette. Elle devra déjà se cacher.

La culpabilité et la honte viendront plus tard, quand elle ne sera plus en capacité d’assumer son rôle de femme et mère de famille…

On s’alcoolise selon son besoin, sans se soucier du qu’en dira t’on.

 

Boire trop rime avec laisser-aller, faiblesse, veulerie, honte, culpabilité. La personne n’’imagine pas qu’elle peut s’en sortir, qu’on peut bien vivre, et mieux vivre sans alcool

L’homme a plus de libertés qu’il n’en consent aux femmes :

 

  • liberté de sortir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit
  • liberté de fréquenter les débits de boissons
  • liberté de s’afficher en état d’ébriété
  • liberté de contraindre sa femme à rester à la maison (bobonne)
  • liberté de fixer des interdits

 

Les femmes sont plus sujettes à la dépression.

Certaines paraissent plus exposées, la tranche d’âge (30/50 ans) les célibataires (coupables d’être seules) les divorcées (de n’avoir pas été une bonne épouse).

Sur 5 millions de personnes en difficulté avec l’alcool, 1,5 million sont des femmes.

 

Pour la femme, c’est une problématique inexplicable, inquiétante, intolérable.

On évoque un manque de volonté, d’irresponsabilité, une fragilité mentale qu’on n’explique pas.

 

La critique et le jugement précipitent la femme alcoolique dans la clandestinité.

Le regard soupçonneux porté sur cette femme , a une double conséquence, il interdit, il cloisonne.

 

La malade alcoolique sera telle une pestiférée, une figure honteuse.

Ce regard forcera la malade alcoolique à consommer en solitaire.

 

De nos jours, consommer de l’alcool au quotidien demeure le privilège du sexe fort.

L’alcoolisation a parfois des origines qui remontent assez loin dans la petite enfance.

Les causes traumatiques touchant le petit enfant peuvent être de tous ordres : grossesse difficile, ou non désirée, accouchement douloureux, désintéressement de l’un des parents, mauvais traitements ; violences.

Mauvaises relations interfamiliales, famille nombreuse, carence affective, dépressivité parentale permanente sont des traumatismes ressentis par l’enfant qui ne comprend pas.

Des traumatismes peuvent être transgénérationnels comme les secrets de famille (adultère, inceste, avortement, emprisonnement, internement, bâtard, suicide, frère ou sœur trisomique, viol, démence)

On remarquera chez les malades alcooliques des similitudes comportementales :

 

  • difficultés à communiquer
  • difficultés à se situer dans le temps
  • difficultés à parler de soi
  • des besoins irrésistibles de parler, discussions interminables
  • exigence du tout, tout de suite (difficulté à différer son désir)
  • état dépressif permanent lié au désert affectif

 

La femme a besoin qu’on lui prouve qu’elle est aimable, aimée, appréciée, valorisée, unique.

 

L’alcool sert à soulager la personne de sa souffrance psychique.

 

Tant qu’il n’y aura pas des signes évidents d’alcoolisme, la femme sera en mesure de donner le change ; Elle se tiendra bien, propre, maquillée, elle masquera les cernes de l’alcool. Elle se composera un visage autre.

La personne qui boit n’est plus respectée

 

La conjointe d’un malade alcoolique, ne montrera pas ses problèmes, elle  trouvera des excuses, elle ira même jusqu’à se culpabiliser. Elle fera bonne figure devant les autres qui ne sont pas censés savoir, ou  ne doivent pas savoir, pensons-nous.

 

Le médecin, soupçonnant un problème d’alcool, n’en parlera pas, car il risque de fâcher son client, il lui prescrira alors des psychotropes pour apaiser ses angoisses.

 

L’alcool aide les femmes à :

 

  • taire leur histoire et ce pendant plusieurs années
  • supporter durant plusieurs années
  • évoquer leur histoire dans un contexte approprié

 

Souvent le regard des enfants servira de déclic pour une demande de soins.

 

Boire permet de créer, puis d’entretenir l’illusion que sa vie est différente de ce qu’elle est réellement, c’est à dire invivable, mais plus on boit, moins cette vie est supportable.

 

La femme connaît peu l’aspect convivial ou festif en dehors des « pots » d’entreprise ou elle se contrôlera, elle utilise l’alcool comme un médicament, avec ce qu’elle induit en elle de culpabilisant, d’interdit, de secret, de méprisant. L’alcool sera donc apaisant, calmant, rassurant.

 

L’alcoolisme est une maladie qui  n’est

 

  • ni une fatalité
  • ni un manque de chance
  • ni un vice
  • ni une tare héréditaire
  • ni un accident
  • ni un manque de volonté

 

L’alcoolisme est l’expression d’un mal être qui se traduit par des effets désastreux sur le psychisme et le physique du malade. Cela entraînera une perte de contrôle des émotions.

Le ou la malade alcoolique est d’abord violent envers lui-même mais ça ne gêne pas l’entourage, à moins que cela se traduise par des suicides manqués.

Il se ment à lui-même, car il ne veut pas être comme on  le voit, il ne peut rapporter l’image qu’il renvoie

Personne ne lui accorde sa confiance. Le mensonge lui aide à supporter sa souffrance.

L‘alcoolique est perçu d’une façon négative ;

 

Cette maladie peut :

 

  • Se diagnostiquer
  • Se prévenir
  • Se prendre en charge

 

Personne n’est obligé de devenir malade alcoolique.

On ne naît pas malade alcoolique, on le devient.

 

L’alcool est pris pour son bien-être dans un mal être. Il joue un double rôle.

 

On peut boire

  • parce qu’on est gai
  • ou pour le devenir,
  • parce qu’on est mélancolique
  • ou pour cesser de l’être
  • parce qu’on est seul
  • ou pour marquer le lien convivial
  • pour séduire
  • ou se laisser séduire
  • pour commémorer
  • pour oublier
  • pour construire
  • pour détruire
  • pour se distraire
  • avoir une illusion
  • ou rupture d’illusion
  • et bien d’autres raisons
  • que nous nous trouvons.

 

Epuisés, meurtris, traumatisés, comment l’entourage peut-il encore aimer ?

Et pourtant s’il avait la tuberculose, un cancer, on ne se fâcherait pas avec lui, on ne se mettrait pas en colère…La compassion serait naturelle pour ces maladies-là Alors nous devons les aider

 

Si nous voulons aider un malade alcoolique, il faut commencer par le respecter et par l’écouter. Nous devons apprendre à décrypter ses non-dits qui ne sont pas des mensonges mais des appels à l’aide.

Ils ont droit à la considération.

Nous devons comprendre leurs mots, leurs réalités, leurs craintes, leurs espoirs Pourquoi je bois ?

 si je sais, je pourrai m’arrêter.
L’alcool masque les réalités quotidiennes d’une existence dégradée, pleine de soucis et le seul plaisir est donné par la bouteille.

 

Quoiqu’il en soit, personne n’a porté à leurs lèvres les premiers verres d’alcool, donc ils sont responsables de ce qu’ils sont devenus consciemment ou inconsciemment

 

Sachons faire la différence entre boire modérément pour le goût, l’aspect convivial, pour le plaisir et boire  pour combler un manque

Grâce à l’abstinence, nous goûtons à la liberté retrouvée.

Aidez les autres à s’en sortir. Tendez-leur la main comme on vous l’a tendue.

Notre force, c’est notre amitié VIE LIBRE

 

 

Georgette CARNEVALE 



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