Alcool et Solitude

ALCOOL ET SOLITUDE

« La solitude ça n’existe pas » chante Gilbert Bécaud mais il attire notre attention sur ce mal qui ronge notre société. Ce mal est bien présent et peut être encore plus aigu dans la problématique alcool.

Pour avoir si souvent dormi avec ma solitude, je m’en suis fait presque une amie. Une douce habitude, elle ne me quitte pas d’un pas. Fidèle comme une ombre, elle m’a suivi ça et là, aux quatre coins du monde. Non je ne suis jamais seul avec ma solitude… chante aussi Moustaki.

Chacun vit sa solitude différemment.

Il y a différentes formes de solitude : subie… choisie… Elle a un aspect de la liberté et de la responsabilité, elle construit l’être humain dans son aptitude à prendre et à assumer ses décisions ou c’est la situation douloureuse de millions de personnes qui n’ont personne à qui parler.

La solitude a différentes causes :

  • le travail – il n’est plus ou beaucoup moins le lieu de la socialisation, il ne permet plus à chacun de trouver une place dans la société ;
  • le chômage – surtout de longue durée qui désintègre la personne
  • la précarité, l’incertitude de l’emploi rendent plus difficile la solidarité et le sentiment d’appartenir à un groupe
  • la famille – elle reste une valeur refuge mais elle apparaît fragile, difficile à construire dans la durée, on n’est jamais assurée de son avenir
  • la vieillesse – la solitude des personnes en fin de vie
  • la mobilité – volontaire ou rendue nécessaire pour conserver un  emploi, distend les liens d’amitié
  • l’alcool – à la fois tout à tour cause ou conséquence.

Nous savons échanger par les moyens de communication modernes,  mais rien ne vaut la relation de vive voix. Il est de plus en plus difficile de « vivre ensemble ».

Une certaine solitude fait partie de notre vie. Il y a toujours une part de décisions que nous devons assumer seul, qui dépend uniquement de nous.

Nombreux sont les artistes, les peintres, les scientifiques qui ont choisi de s’isoler pour chercher, créer.

Des personnes se donnent des temps et des lieux de solitude pour faire le point, se retrouver, mûrir un projet…

Il y a la face positive de la solitude, assez méconnue. Elle n’a rien du poison qui lentement dissout l’individu. Elle est au contraire le lieu où chacun découvre peu à peu ce qu’il est, où chacun construit patiemment ce qu’il veut être. C’est le lieu du face à face avec soi-même, qui n’enferme pas, car il s’agit d’une respiration. Ce recentrage sur soi n’est qu’un temps qui permet de mieux assumer, de prendre en charge sa vie avec ses responsabilités, ses relations, ses contacts, ses choix, ses décisions. Ce temps pour soi qui manque trop souvent dans nos vies agitées est ce qui aide à se façonner soi-même sa vie au lieu de la laisser façonner par les évènements ou le hasard.

Au début, cela commence doucement et les causes en sont multiples : la perte d’un proche, une famille qui se disperse, des amis qui s’éloignent ou disparaissent, une longue maladie, un caractère qui se durcit… Peu à peu, le cercle des relations s’amenuise, les contacts s’espacent, on ne rencontre des gens que pour des questions techniques et on a de moins en moins l’occasion de rencontres gratuites.

C’est alors qu’elle peut devenir une maladie redoutable. Elle est celle dont on a peur sans oser le dire, sans vouloir le reconnaître, sans même se l’avouer à soi-même. Elle envahit la conscience, pas clairement mais sournoisement… On ne peut pas comprendre ce qui se passe.. Elle s’auto-entretient. C’est un cercle vicieux, elle s’installe, longue, involontaire, insidieuse, elle fait peur non suelement à la personne qui la subit mais aussi à son entourage… Elle rend très difficile la reprise d’une relation vraie car elle éteint le goût de la rencontre.

 

L’alcoolisme est intimement lié à la solitude. il isole au fil des ans le consommateur de sa famille, de ses amis, de la société en général. Parallèlement, à l’enfermement dans la consommation effrénée de l’alcool, le conjoint se voit plonger lui-même dans une spirale implacable d’isolement.

On protège le malade alcoolique auprès des autres (famille, travail), minimise les signes avant coureurs, on est dans le déni, on nie l’existence du problème. On n’est jamais aussi seul que lorsqu’on assiste à la dégradation de celui que l’on aime.

 

La solitude n’est pas synonyme d’isolement. Certains sont entourés d’amis auprès desquels ils puisent force et courage. La solitude est l’atelier où se forge la personnalité. Elle ne doit pas se vivre comme une fatalité mais comme une liberté d’exister en tant qu’être unique, de se découvrir dans l’épreuve, d’avancer dans sa vie en tant qu’être responsable. La solitude favorise la réflexion, l’indépendance.

Lorsque la solitude est douloureuse, rien ne sert d’accuser le monde entier. Il faut se poser les questions essentielles pour sortir d’une attitude victime : ma situation résulte t’elle de l’indifférence des autres, d’un manque de responsabilité personnelle ? Quel rôle est-ce que je joue dans mon état de solitude ? Rien n’est jamais figé.

 

Qu’est-ce que le sentiment d’isolement ? On se sent isolé quand on souffre d’un sentiment de démarcation vis-à-vis des autres que l’on ne peut effacer.

Il y a d’un côté les autres et puis il y a moi qui me sent seul parce que je ne me sens pas enveloppé de la présence des autres. Ainsi la personne qui vit seule chez elle et qui, ne supportant pas son sentiment d’isolement, allume la télévision pour faire une présence. Cela donne une présence qui enlève le sentiment oppressant du silence. Ce silence qui vous renvoie à votre isolement dans un monde où vous ne comptez guère pour quelqu’un. On va au café pour oublier le cafard d’être si seul. On va où les gens sont rassemblés pour quêter un peu de chaleur humaine. Un peu de compagnie même superficielle parviendra à nous délivrer du sentiment d’isolement. Mais ce sentiment de vide, de désert intérieur que l’on retrouve de n’avoir personne avec qui communiquer reste présent

Georgette CARNEVALE 



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